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Dans une chambre richement meublée d'un château provençal, en 1498, une femme souffre des douleurs de l'enfantement. Une sage-femme qui l'assiste lui présente un solide garçon. Pas de signes, pas de présages, pas de langues de feu : Saint-Estropi naît comme naissent tous les enfants des Hommes. Son père fidèle à son Roi, l'appelle Charles. Sa beauté et sa force lui font espérer un brillant avenir. A 15 ans il commence à montrer un goût marqué pour la violence, la brutalité et la sensualité. Il aime se battre, faire souffrir. Il s'amuse à assaillir les petites bergères. Bref, il jouit d'une fâcheuse réputation. Mais un jour où il précipite son cheval sur un pauvre hère qui ne se range pas assez vite à son gré, son cheval se cabre, il tombe lourdement. On le relève la face ensanglantée, les jambes brisées. On le soigne tant bien que mal, mais quelques jours après il ne peut plus marcher et son nez déformé le rend grotesque. Tous ceux qu'il a meurtris, souillés, voient dans ce malheur une punition du ciel et l'appellent "l'ESTROPI" par dérision. C'est à partir de ce jour que commence sa vie pieuse, faite de méditation et de charité. Après avoir été guéri par un médecin padouan, qui était venu chercher refuge dans son château, il jure d'être lui aussi médecin pour venir au secours des malheureux. Il entreprend plusieurs voyages pour compléter ses connaissances, fréquente les doctes facultés de Montpellier et de Marseille. Puis il revient dans sa Provence natale. Son tempérament de bretteur lui fait prendre une part active aux divers combats menés par les Huguenots. Mais il continue à prodiguer sa médecine et à soulager la misère de ses semblables. Dans un site grandiose du Luberon, est construit un monastère de Bénédictins, l'Abbaye de Pétanque, sagement gouvernée par un vénérable abbé, le Saint Cornu. L'Estropi vient souvent le voir. Il est tout heureux de s'entretenir avec son ami des auteurs anciens et modernes. Ils discutent les travaux de Copernic. Pour mieux les comprendre, ils fabriquent des boules de buis qu'ils disposent suivant les figures du livre. Un jour, à la fin de leur conversation, l'Estropi jette une boule devant lui, le Sait Cornu essaie de l'atteindre avec une autre boule, ils continuent ... s'amusent et réalisent qu'ils viennent de créer un jeu nouveau. Ils le perfectionnent, l'enseignent autour d'eux. Ils en font une sorte de jugement de Dieu, pour régler les différends qui s'élèvent entre voisins, entre villages. Depuis, les concours de Pétanque ont continué à travers les siècles. Les blancs, les rouges, les bleus y ont joué et y jouent encore, sans se douter qu'ils accomplissent ainsi un acte religieux... Il continue son oeuvre d'apaisement. Sa soif de connaissance n'est toujours pas étanchée. Il devient l'intime des médecins les plus célèbres : Nostradamus, Ambroise Paré... Mais l'âge est là et la mort approche. Un matin du mois de mai 1592, après avoir reçu les derniers sacrements, il récite le Gloria et quand il arrive au verset "Gloire sur la terre aux hommes de bonne volonté" il s'arrête et meurt sereinement comme doivent mourir tous ceux qui ont vécu sagement et qui font confiance à l'amour de Dieu. |
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SAINT-ESTROPI |
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Tiré de l'oeuvre de Louis MONTAGNIER
"LA VIE ET LES DICTS DU GRAND SAINT-ESTROPI" |