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Soyez attentif à Fanny |
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Ce n'est pas un personnage de Pagnol.
Ou alors, elle serait la fille de Monsieur BRUN !
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Le plateau de la Croix-Rousse, à Lyon, sert encore de décor à l'entrée en scène de Fanny DUBRIAND, dans la deuxième moitié du 19ème siècle. Cette fille, assez jolie comme lorsqu'on a 25 ans, a comme parents d'honorables petits commerçants - herbes et plantes médicinales - quelque part vers le Gros Caillou.
Mais Fanny fait leur désespoir.
Elle vit en marginale, elle se néglige. Elle apparaît un peu simple d'esprit, traîne sur les boulevards ou reste des heures assise au pied d'un arbre, elle couche souvent à la belle étoile.
Bref, une SDF avant la lettre. Elle rôde autour de la caserne, vers le Clos Jouve, où on la soupçonne de n'être pas trop farouche avec les militaires, moyennant quelque obole ou un morceau de pain.
Les jeux de boules l'attirent aussi. Pas pour les boules. Mais beaucoup d'hommes s'amassent ici et ils ne manquent pas de générosité. C'est ainsi qu'un jour ; on voulut donner un gage à une équipe qui n'avait pu marquer un seul point. Fanny est là, qui tourne autour d'eux. Et devant chacun des "malheureux" perdants, elle se tourne, soulève ses jupes et les rabat aussitôt. Vision fugitive, qui lui vaut pourtant quelques sous.

Presque chaque jour, Fanny revient vers les boulistes du Clos Jouve. Lorsque le compteur de quelques joueurs reste à zéro, Fanny est là, pour le... revers de la médaille.
Ainsi, on "voit Fanny" ça coûte pas cher; c'est amusant, cela devient une habitude. Avec un peu d'argent de poche pour cette fille qui, quelque temps plus tard, finira misérablement dans un hôpital.
Mais, comme en France, on ne manque pas d'idées, on se met à fabriquer des objets en "forme" de Fanny, avec le plus de relief possible: tableaux, statuettes, plâtres. Cela devient une véritable cérémonie. On se met à genoux pour "embrasser la Fanny".
Dans les clos boulistes, lorsqu'on pointe un zéro au tableau des scores, une cloche sonne. Tous les boulistes savent ce qui va se passer... On rit, on plaisante, on applaudit lorsque, devant le bouliste à genoux, la Fanny sort de sa boite. Mais les "petits sous" vont à la société de boules, ça alimente la trésorerie.
Ah! les Fannys, ce qu'on a pu en embrasser !
Sans qu'on connaisse jamais les visages qui les ont inspirées.
